Quand l’orientation devient du marketing

Choisir ses études supérieures est devenu un exercice périlleux. Entre Parcoursup, MonMaster, les diplômes d’État, les diplômes visés, les titres RNCP, l’alternance et les labels en tout genre, beaucoup de familles avancent sans boussole. Dans ce contexte, certaines écoles privées ont développé des stratégies très efficaces pour capter des publics bien précis, en adaptant leur discours à chaque profil. Les enquêtes et retours de terrain font apparaître trois grands types d’étudiants particulièrement exposés.

12/24/20253 min read

Laptop screen displaying code and graphs with glasses on keyboard
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1️⃣ Les élèves issus de milieux favorisés, aux résultats scolaires moyens

Ce premier profil concerne des élèves provenant de familles aisées, capables de financer des études privées sans difficulté majeure. Le niveau scolaire est correct, mais insuffisant pour sécuriser une affectation attractive dans le public ou réussir des concours exigeants.

Les parents recherchent avant tout :

  • un diplôme qui “fasse sérieux”,

  • une formation dite “professionnalisante”,

  • un cadre rassurant, loin des incertitudes de l’université.

La méconnaissance du système public joue ici un rôle clé. La différence entre diplôme d’État, diplôme visé ou simple titre n’est pas toujours comprise. Le privé apparaît alors comme une solution naturelle.

👉 Le problème surgit plus tard : beaucoup de ces formations offrent peu de débouchés académiques réels. L’accès aux masters universitaires est compliqué, voire impossible. Après deux ou trois années d’investissement financier et personnel, revenir en arrière devient presque irréaliste.

Ces étudiants se retrouvent captifs d’un parcours qu’ils n’auraient peut-être jamais choisi avec une information complète.

2️⃣ Les très bons élèves qui s’autocensurent

Le deuxième profil est sans doute le plus paradoxal qui auraient objectivement leur place dans des formations publiques sélectives. Mais ces élèves doutent :

  • peur de l’échec,

  • manque de confiance,

  • autocensure face aux concours et à Parcoursup,

  • discours anxiogène autour de l’université dans leur entourage.

Les écoles privées savent parfaitement capter ce public en proposant :

  • de petits effectifs,

  • un accompagnement renforcé,

  • de l’alternance dès la première année,

  • un discours rassurant : “ici, pas de sélection brutale, on s’occupe de vous”.

👉 Le risque est moins visible à court terme qu’à long terme. Malgré l’alternance et l’investissement personnel, le diplôme peut se révéler moins reconnu que prévu. Le privé ne capte pas ici des élèves faibles, mais des élèves performants et anxieux, en jouant sur leurs peurs et leur besoin de sécurité.

3️⃣ Les étudiants en échec ou déçus du public

Troisième profil : des étudiants ayant déjà tenté leur chance à l’université, sans succès. Échec en licence, réorientation subie, dossier devenu fragile. Ces étudiants cherchent avant tout une porte de sortie et une seconde chance. Les écoles privées leur proposent alors des parcours très séduisants :

  • bachelor suivi d’un “master” en alternance,

  • spécialisation rapide,

  • promesse d’équivalence avec les diplômes universitaires.

👉 C’est souvent à ce stade que la confusion est maximale. Beaucoup découvrent tardivement que la formation ne délivre pas un diplôme reconnu au grade de master, mais un titre RNCP, ce qui change radicalement la valeur du diplôme sur le long terme. Cette stratégie repose sur un flou savamment entretenu et sur la vulnérabilité d’étudiants déjà fragilisés par un premier échec.

Une promesse commune : réussir sans sélection, sans stress, sans obstacles

Quel que soit le profil, le discours est toujours le même :

  • pas de sélection,

  • pas de “galère” administrative,

  • un parcours balisé,

  • une réussite présentée comme quasi automatique.

Dans la réalité, beaucoup d’étudiants découvrent en fin de parcours :

  • des difficultés d’insertion professionnelle,

  • des poursuites d’études limitées,

  • une reconnaissance du diplôme inférieure à leurs attentes,

  • parfois un endettement important sans retour sur investissement.

L’enjeu clé : décider en connaissance de cause

Ces trajectoires ne sont ni anecdotiques ni marginales. Elles montrent à quel point un mauvais choix d’orientation peut enfermer très tôt un étudiant, même motivé et travailleur. Avant de s’engager dans une formation privée — surtout lorsqu’elle représente plusieurs dizaines de milliers d’euros — il est essentiel de :

  • comprendre la valeur réelle des diplômes,

  • anticiper les débouchés académiques et professionnels,

  • construire une stratégie cohérente sur plusieurs années.

👉 C’est précisément l’objectif de Objectif Sup de Co : aider les étudiants et leurs familles à faire les bons choix, au bon moment, avec une vision claire des conséquences à long terme.