Pourquoi les étudiants ne veulent plus intégrer les « petites » écoles de commerce ?

Pendant longtemps, le parcours semblait écrit d'avance : deux années de classe préparatoire, puis l'intégration d'une école de commerce, quelle que soit sa position dans le classement. Intégrer une école du top 15 constituait déjà une très belle réussite et peu d'étudiants envisageaient de recommencer une année entière de prépa pour gagner quelques places au SIGEM. Cette époque semble révolue. Aujourd'hui, un nombre croissant d'étudiants refusent d'intégrer certaines écoles pourtant encore considérées comme des Grandes Écoles. Ils préfèrent cuber, rejoindre un IAE, partir à l'université ou revenir quelques mois plus tard via les admissions sur titre pour viser beaucoup plus haut. Pour beaucoup de préparationnaires, intégrer une école située en fond de top 10 ou dans le top 15 n'apparaît plus comme une évidence. Mais pourquoi ?

7/17/20264 min read

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L'explication officielle : un problème d'image

Certains observateurs estiment que les écoles souffrent avant tout d'un problème de communication. Les étudiants seraient obsédés par les classements, confondraient sélectivité et qualité académique, ou méconnaîtraient les débouchés réels proposés par certaines écoles.

Il existe probablement une part de vérité dans cette analyse. Mais elle me paraît largement insuffisante. Le véritable problème est ailleurs.

Les AST ont complètement changé les règles du jeu

Pendant des décennies, la prépa constituait la voie royale pour accéder aux meilleures écoles françaises. Aujourd'hui, ce n'est plus forcément le cas. Il est devenu relativement fréquent de voir des étudiants intégrer une école du top 5 ou du top 6 après une licence universitaire ou un BUT grâce aux admissions sur titre.

Bien entendu, ces concours restent sélectifs et nécessitent un excellent dossier, de très bons scores au TAGE MAGE et souvent un parcours cohérent. Mais la perception des étudiants est désormais la suivante : « Pourquoi intégrer une école classée 12e après deux années extrêmement exigeantes en prépa alors qu'un étudiant du même niveau académique pourra intégrer le top 5 plus tard via les AST ? »

Cette question est devenue centrale dans l'esprit de nombreux préparationnaires.

Une bulle s'est progressivement créée

Les admissions parallèles ont permis à de nombreux étudiants talentueux de rejoindre les meilleures écoles. C'est une excellente chose. Le problème est qu'elles ont également créé une forme de bulle psychologique.

De plus en plus d'étudiants considèrent désormais que le top 5 ou le top 6 est la norme et non plus l'exception. Lorsque des milliers d'étudiants voient chaque année des profils issus de licences, d'IAE ou de BUT intégrer le top 5, il devient naturellement plus difficile d'accepter une école située dix places plus bas dans les classements.

Le ROI des écoles s'est considérablement dégradé

L'autre explication est économique. Il y a quinze ans, intégrer une école de commerce représentait souvent un investissement de 20 000 à 30 000 euros. Aujourd'hui, certaines écoles demandent plus de 60 000 euros de frais de scolarité pour leur Programme Grande École..

Lorsqu'une famille doit financer plusieurs dizaines de milliers d'euros d'études, elle devient beaucoup plus exigeante sur le retour sur investissement attendu.

Le raisonnement est alors parfaitement rationnel :

  • si l'investissement est colossal, autant viser les écoles qui disposent des marques les plus fortes ;

  • si les frais augmentent plus vite que les rémunérations, seules les écoles les plus prestigieuses continuent à apparaître comme des investissements évidents.

Autrement dit, ce n'est pas que les étudiants valorisent moins les écoles intermédiaires. C'est surtout qu'ils valorisent beaucoup plus le prestige lorsqu'ils doivent signer un chèque de 50 000 ou 60 000 euros.

Les préparationnaires ont parfois le sentiment d'être les perdants du système

C'est probablement le sujet le plus sensible. Un étudiant de prépa va consacrer deux années particulièrement exigeantes à préparer des concours réputés parmi les plus difficiles de l'enseignement supérieur français.

Lorsqu'il découvre ensuite que des étudiants issus d'autres parcours accèdent une année plus tard (donc une année en moins à payer) à des écoles mieux classées, le sentiment d'injustice peut apparaître.

Encore une fois, cela ne signifie pas que les admissions parallèles sont illégitimes. Les profils recrutés en AST sont souvent excellents. Mais la coexistence d'une très forte sélectivité en prépa et d'une ouverture importante des meilleures écoles via les admissions parallèles modifie forcément la perception des préparationnaires.

Faut-il alors revoir les admissions sur titre ?

La question mérite d'être posée. À titre personnel, je pense qu'une réduction du nombre de places offertes en AST dans les écoles les plus prestigieuses permettrait probablement de rééquilibrer l'ensemble du système.

Si l'accès au top 5 ou au top 6 redevenait plus rare via les admissions parallèles, les écoles situées juste derrière retrouveraient mécaniquement une partie de leur attractivité. Les étudiants de prépa auraient également davantage le sentiment que l'effort fourni pendant deux ans est récompensé à sa juste valeur.

Ce serait probablement bénéfique pour l'ensemble de l'écosystème.

Le problème n'est pas la communication des écoles

Les écoles hors top 5 ou hors top 10 n'ont jamais été aussi internationales, professionnalisantes ou proches des entreprises. Le problème n'est donc probablement pas leur qualité intrinsèque.

Le problème est que le marché des écoles de commerce françaises a profondément changé. Les frais de scolarité ont explosé. Les étudiants raisonnent davantage en termes de retour sur investissement. Les admissions parallèles ont rendu accessibles des écoles qui paraissaient autrefois réservées aux seuls préparationnaires.

Dans ce contexte, il n'est finalement pas surprenant que les étudiants soient devenus beaucoup plus sélectifs dans leurs choix. Le désamour des petites écoles n'est peut-être pas un problème de perception. Il est peut-être simplement la conséquence logique des incitations créées par le système lui-même.

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