Parcoursup : pourquoi il faudrait revenir à APB (mais en mieux)
Chaque année, Parcoursup provoque son lot de stress, d'incompréhensions et de critiques. Des listes d'attente interminables, des réponses qui évoluent quotidiennement, des candidats contraints de choisir entre plusieurs propositions sans savoir s'ils obtiendront finalement leur formation préférée… Le fonctionnement même de Parcoursup contribue à cette situation. Et si la solution consistait à reprendre le meilleur de l'ancien système APB, tout en conservant les avancées de Parcoursup ?
11/6/20267 min read
Parcoursup : un système d'affectation qui entretient l'incertitude
Pour comprendre les limites de Parcoursup, il faut d'abord revenir sur son fonctionnement.
Lors de la phase de formulation des vœux, les candidats constituent une liste de formations auxquelles ils souhaitent postuler. Contrairement à l'ancien système APB, ils n'ont pas à les hiérarchiser selon leurs préférences. Une prépa peut ainsi figurer avant une licence, un BUT avant une école de commerce, sans que cet ordre ait la moindre importance pour la plateforme.
Les établissements reçoivent ensuite les candidatures, examinent les dossiers et établissent leurs classements respectifs, selon les résultats scolaires, les appréciations, les profils et leurs propres critères d'admission.
Puis arrivent les premières réponses : admission, refus ou liste d'attente.
C'est à partir de ce moment que le mécanisme de Parcoursup devient particulièrement complexe.
Les candidats qui reçoivent plusieurs propositions d'admission doivent rapidement faire un choix : ils ne peuvent conserver qu'une seule admission à la fois. En revanche, ils peuvent maintenir leurs vœux en attente pour tenter d'obtenir une formation qu'ils préfèrent.
Prenons un exemple simplifié. Un candidat reçoit une proposition d'admission dans la formation A, mais reste en attente dans la formation B, qu'il préfère. Il accepte provisoirement A tout en conservant B. Quelques jours plus tard, un autre candidat renonce à sa place dans B. Une place se libère alors et peut être proposée au candidat initialement placé sur liste d'attente. Si celui-ci accepte, il libère à son tour la place qu'il occupait dans A, qui pourra être proposée à un autre candidat.
Et ainsi de suite. Les propositions et les renoncements s'enchaînent, provoquant un véritable effet domino. Les listes d'attente évoluent quotidiennement et les candidats doivent régulièrement se reconnecter pour suivre leur situation et prendre des décisions dans des délais parfois très courts.
Ce processus peut durer plusieurs semaines, voire plusieurs mois.
Pour les étudiants, cette incertitude est particulièrement difficile à vivre. Certains doivent organiser un déménagement, trouver un logement ou anticiper leur rentrée à plusieurs centaines de kilomètres de chez eux, sans savoir dans quelle ville ils étudieront finalement.
D'autres finissent même par renoncer à des formations qu'ils préfèrent, simplement parce qu'ils ne supportent plus l'attente et souhaitent enfin pouvoir s'organiser.
Il existe donc bien un problème avec Parcoursup, indépendamment des décisions prises par les établissements. La plateforme ne se contente pas de recueillir des candidatures et de transmettre des réponses : elle organise un processus d'affectation progressif, qui dépend des décisions successives de milliers de candidats.
Or, il existe d'autres façons de procéder.
APB : un algorithme qui permettait de calculer les affectations automatiquement
Avant Parcoursup, il existait une autre plateforme : Admission Post-Bac (APB), utilisée jusqu'en 2017.
Son principe était différent : les candidats devaient classer leurs vœux par ordre de préférence dès le départ. Cette hiérarchisation permettait ensuite de calculer automatiquement et instantanément les affectations grâce à un algorithme mathématique bien connu : celui de Gale-Shapley.
Développé en 1962 par les mathématiciens David Gale et Lloyd Shapley, cet algorithme répond à un problème appelé le « problème des mariages stables ». Derrière cette appellation un peu surprenante se cache un mécanisme relativement simple.
Imaginons plusieurs candidats et plusieurs formations disposant chacune d'un nombre limité de places. Les étudiants classent les formations selon leurs préférences, tandis que les établissements classent les candidats selon leurs propres critères.
L'algorithme fonctionne ensuite par étapes :
Chaque étudiant propose d'abord sa candidature à sa formation préférée.
Chaque formation examine les candidatures reçues et conserve provisoirement les candidats qu'elle classe le mieux, dans la limite de ses capacités.
Les candidats refusés se tournent ensuite vers leur deuxième choix.
Les formations comparent ces nouvelles candidatures aux candidats qu'elles avaient provisoirement retenus. Si elles reçoivent un meilleur candidat selon leur classement, elles peuvent remplacer leur choix précédent.
Le processus se poursuit jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de nouvelle proposition à effectuer.
À la fin, chaque candidat obtient la meilleure affectation possible parmi les solutions stables, compte tenu de ses préférences et des classements des formations.
Et surtout, cette opération est entièrement automatisable et instantanée. Une fois les préférences des étudiants et les classements des établissements renseignés, l'ordinateur peut effectuer l'ensemble des calculs en quelques secondes.
Il n'est donc pas nécessaire de faire intervenir les candidats quotidiennement pour accepter, refuser ou attendre une nouvelle proposition.
Un algorithme n'est pas une mystérieuse boîte noire qui prendrait des décisions à la place des humains. C'est simplement une succession d'instructions mathématiques et informatiques permettant de résoudre un problème de manière systématique. Dans le cas présent, il s'agit d'organiser des affectations en tenant compte des préférences des candidats et des classements des formations.
Pourquoi APB a-t-il été abandonné ?
Si le système permettait d'affecter automatiquement les étudiants, pourquoi avoir abandonné APB ?
Le problème ne venait pas fondamentalement de l'algorithme de Gale-Shapley, mais des règles qu'on lui avait demandé d'appliquer.
À l'époque, certaines licences universitaires étaient considérées comme non sélectives. En principe, tout bachelier devait pouvoir accéder à la formation de son choix. Mais face à l'augmentation du nombre de candidats et au manque de places dans certaines filières particulièrement demandées (droit, psychologie, STAPS…), il fallait bien trouver un moyen de départager les candidatures.
APB avait notamment introduit une règle de priorité en fonction du rang du vœu. Les candidats ayant placé une formation en premier choix pouvaient être favorisés par rapport à ceux qui l'avaient placée plus bas dans leur liste.
Cette règle posait un problème majeur : elle incitait les étudiants à ne pas exprimer sincèrement leurs préférences.
Un candidat qui souhaitait intégrer une classe préparatoire, mais qui envisageait également une licence très demandée, pouvait être tenté de placer cette licence en premier vœu pour maximiser ses chances d'admission. Il ne classait donc plus ses formations selon ses véritables aspirations, mais selon une stratégie destinée à contourner les règles du système.
À cela s'ajoutait un autre problème, beaucoup plus grave : le tirage au sort.
Lorsque les critères de priorité ne permettaient pas de départager suffisamment les candidats dans certaines filières en tension, APB pouvait recourir à un tirage au sort informatique. Une situation particulièrement difficile à accepter pour des étudiants dont l'avenir pouvait ainsi dépendre du hasard.
En 2017, cette pratique a notamment concerné plusieurs dizaines de milliers de candidats.
La réforme de 2018 a donc profondément changé les règles du jeu. Avec Parcoursup, les formations universitaires peuvent désormais classer les candidats lorsque leurs capacités d'accueil sont insuffisantes. La sélection académique, qui n'était pas officiellement possible dans les mêmes conditions auparavant, est ainsi devenue une réponse à la saturation de certaines filières.
Autrement dit, on a changé les règles qui avaient posé problème à APB, mais on a également abandonné son mécanisme d'affectation automatique.
C'est précisément là que se situe, selon moi, une partie du problème.
Parcoursup : le problème n'est pas l'algorithme, mais son fonctionnement
Il existe une différence fondamentale entre APB et Parcoursup : dans le premier système, les étudiants formulaient des propositions aux formations en fonction de leurs préférences. Dans le second, les formations envoient des propositions aux étudiants, qui doivent ensuite les accepter, les refuser ou les conserver provisoirement.
Cette inversion change profondément la dynamique du processus.
Avec APB, les préférences des candidats étaient connues dès le départ. L'algorithme pouvait donc calculer directement une solution stable.
Avec Parcoursup, les candidats ne classent pas leurs vœux initialement. Ils doivent donc eux-mêmes participer au mécanisme d'affectation, en prenant des décisions successives au fur et à mesure que les places se libèrent.
Le système informatique ne dispose pas, au départ, de toutes les informations nécessaires pour calculer l'affectation définitive.
Résultat : ce qui pouvait être résolu automatiquement en quelques secondes devient un processus étalé sur plusieurs semaines.
Il faut toutefois reconnaître que Parcoursup a apporté des améliorations importantes par rapport à APB. Les quotas de boursiers, les priorités géographiques ou encore les réponses « Oui si » constituent des dispositifs intéressants pour favoriser l'accès à l'enseignement supérieur et mieux accompagner certains candidats.
Il serait donc absurde de vouloir revenir à APB sans tenir compte de ces évolutions.
Mais pourquoi ne pas conserver ces avancées tout en réintroduisant un mécanisme d'affectation automatique ?
Mais le meilleur algorithme du monde ne créera jamais de places supplémentaires
Il faut néanmoins apporter une précision importante. Un algorithme, aussi performant soit-il, ne peut pas résoudre tous les problèmes de l'orientation post-bac.
Lorsqu'une formation dispose de 200 places pour 2 000 candidats, il faut nécessairement départager les candidats. Certains seront admis, d'autres non. C'est une réalité qui ne dépend pas du fonctionnement de Parcoursup ni de la sophistication de son algorithme.
Il faut donc distinguer deux problématiques.
D'un côté, il y a la question de la sélection : quels critères utiliser pour départager les candidats ? Quelle place accorder aux résultats scolaires, aux appréciations, à la motivation, à la situation sociale ou à la proximité géographique ? C'est un choix politique et de société.
De l'autre, il y a la question de l'affectation : une fois les classements établis et les préférences exprimées, comment attribuer les places disponibles de la manière la plus efficace et la plus satisfaisante possible ?
C'est précisément sur ce deuxième point que des améliorations importantes sont possibles.
Le problème de Parcoursup n'est donc pas celui de formations qui sélectionnent, mais surtout celui d'un système qui fait peser sur les candidats une grande partie de la complexité du processus d'affectation.
Il est tout à fait possible de conserver la sélection académique, les dispositifs d'équité et la liberté de choix des candidats, sans leur imposer des semaines d'attente et d'incertitude. Le bon système serait tout simplement celui qui reprend le meilleur des deux : les avancées de Parcoursup sur les règles de sélection et d'équité, et l'efficacité d'APB pour organiser les affectations automatiquement.
Car l'objectif d'une plateforme d'orientation devrait être de permettre aux étudiants de trouver leur place dans l'enseignement supérieur, pas de les maintenir dans l'incertitude pendant des mois.
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