Les écoles de commerce n’arrivent plus à remplir leurs bancs : faut-il s’inquiéter ?
Mais où sont passés les étudiants qui, hier encore, se précipitaient vers les écoles de commerce ? La question peut sembler provocatrice. Pourtant, elle doit probablement être posée dans les bureaux de direction de plusieurs business schools françaises. Depuis quelques semaines, plusieurs articles font état de difficultés inédites pour certaines écoles de commerce à remplir leurs programmes. Et les chiffres sont parfois particulièrement impressionnants. Dans certains établissements, le nombre de candidats ayant confirmé leur choix sur Parcoursup est très loin du nombre de places disponibles. L’EM Normandie, par exemple, aurait compté 169 candidats ayant validé définitivement ou provisoirement leur choix pour 900 places ouvertes en première année de son Programme Grande École. À l'EMLV, ils étaient 73 pour 480 places. La PSB affichait quant à elle des chiffres également très faibles au regard de ses capacités d'accueil. Alors que se passe-t-il ? Et surtout, faut-il y voir un simple accident de parcours… ou les premiers signes d'une transformation profonde du marché des écoles de commerce ?
7/29/20267 min read
Le plus surprenant : la démographie n'a pas encore frappé
Ce qui rend la situation particulièrement intéressante, c'est que le principal facteur démographique souvent avancé pour expliquer la baisse du nombre d'étudiants n'est pas encore réellement à l'œuvre.
La France va connaître dans les prochaines années une diminution du nombre de jeunes arrivant à l'âge d'entrer dans l'enseignement supérieur. Mais cette baisse démographique ne devrait commencer à produire ses effets les plus visibles sur les effectifs de l'enseignement supérieur qu'à partir de la fin de la décennie.
Autrement dit, les écoles de commerce ne peuvent pas simplement expliquer leurs difficultés actuelles par le fait qu'il y aurait « moins de jeunes ».
Le problème est ailleurs. Et il est multiple.
Premier problème : les études en école de commerce coûtent de plus en plus cher
Le premier élément à prendre en compte est évidemment financier. En quelques années, le coût de nombreux programmes de cinq ans a fortement augmenté. Pour certaines écoles, suivre un cursus complet peut désormais représenter plusieurs dizaines de milliers d'euros de frais de scolarité.
Dans le même temps, le contexte économique a changé. Les familles font davantage attention au retour sur investissement des études. Et lorsqu'il faut dépenser 40 000, 50 000 ou 60 000 euros pour financer cinq années d'études, la question devient légitime : qu'est-ce que cette école va réellement m'apporter en échange ?
Pendant longtemps, le raisonnement pouvait être relativement simple : « Une école de commerce, c'est cher, mais cela ouvre des portes. » Aujourd'hui, les étudiants et leurs parents veulent davantage de garanties. Quel est le niveau de sélectivité de l'école ? Quel est son réseau d'anciens ? Quelle est sa reconnaissance auprès des entreprises ? Quels sont les salaires à la sortie ? Quels métiers sont réellement accessibles ? Le diplôme bénéficie-t-il d'un visa ou d'un grade de master ?
Et surtout : est-ce que cette école vaut vraiment le prix demandé ?
Cette dernière question est probablement l'une des plus importantes pour comprendre les évolutions actuelles.
La concurrence n'est plus seulement entre écoles de commerce
Autrefois, un lycéen qui voulait faire une école de commerce pouvait principalement comparer différentes écoles de commerce. Aujourd'hui, la concurrence est beaucoup plus large.
Il peut choisir un BTS, un BUT, une licence universitaire, une double licence sélective, une école d'ingénieurs, un bachelor, une formation à l'étranger… ou décider de faire ses études progressivement, en commençant par une formation moins coûteuse avant de rejoindre une grande école en admission sur titre. C'est le choix que font de nombreuses familles qui ne souhaitent pas investir immédiatement plusieurs dizaines de milliers d'euros dans les études de leur enfant.
Le développement des BUT a notamment changé la donne. Un étudiant peut désormais intégrer une formation publique en trois ans, acquérir une première expérience professionnelle, puis candidater à un Programme Grande École via les admissions parallèles. La licence universitaire peut jouer un rôle similaire.
Pour un lycéen qui hésite entre une école de commerce post-bac à 10 000 euros par an et une licence à l'université, le choix n'est pas forcément évident. Surtout lorsque l'école en question n'a pas une marque particulièrement forte sur le marché de l'emploi.
Le paradoxe : il y a peut-être trop d'écoles… et pas assez de candidats
C'est probablement ici que se trouve le cœur du problème.
Depuis une quinzaine d'années, le nombre de formations et d'établissements proposant des cursus en management s'est considérablement développé. Des bachelors ont été lancés. Des programmes en cinq ans ont été créés. Des campus ont ouvert dans de nombreuses villes. Des écoles ont développé des implantations à l'étranger. Des groupes d'enseignement supérieur se sont constitués.
Le marché semblait suffisamment dynamique pour absorber cette croissance. Mais le nombre de candidats n'est pas infini. Et les étudiants ont commencé à faire des choix.
Aujourd'hui, beaucoup de lycéens ne cherchent plus simplement « une école de commerce ». Ils cherchent une bonne école de commerce. La nuance est fondamentale.
C'est ce que l'on observe également avec les élèves issus de classes préparatoires et les candidats aux admissions parallèles.
De plus en plus d'étudiants concentrent leurs candidatures sur un nombre réduit d'établissements. Le phénomène est particulièrement visible chez les candidats qui visent les meilleures écoles : HEC, ESSEC, ESCP, emlyon, EDHEC, SKEMA, NEOMA ou Audencia, selon les profils et les voies d'admission.
Cela ne signifie évidemment pas que toutes les autres écoles sont mauvaises. Mais cela signifie que la hiérarchie entre les établissements est devenue beaucoup plus importante dans la décision des candidats. Et cette concentration peut créer un effet de ciseau particulièrement brutal. D'un côté, les écoles continuent d'ouvrir des places et de développer leur offre. De l'autre, les candidats sont de plus en plus nombreux à vouloir intégrer un nombre limité d'établissements.
Le problème n'est donc pas nécessairement qu'il n'y a plus d'étudiants.
C'est aussi qu'il y a moins d'étudiants prêts à payer cher pour une école qu'ils considèrent comme insuffisamment différenciante.
Les petites écoles sont-elles les premières victimes ?
C'est probablement l'une des grandes questions des prochaines années. Pendant longtemps, le marché a permis à de nombreuses écoles de se développer en proposant des programmes accessibles directement après le bac.
Mais le contexte change. Lorsqu'une famille doit financer cinq années d'études, elle peut préférer trois stratégies.
La première consiste à viser une école très reconnue, en considérant que le coût élevé est justifié par la qualité du diplôme, le réseau et les débouchés.
La deuxième consiste à choisir une formation publique ou moins coûteuse pendant les premières années, puis à intégrer une grande école en admission parallèle.
La troisième consiste à privilégier une formation plus courte et professionnalisante, avec l'idée d'entrer rapidement sur le marché du travail.
Entre ces trois options, les écoles de commerce de milieu de tableau peuvent se retrouver dans une position particulièrement inconfortable. Elles doivent convaincre les étudiants qu'elles offrent suffisamment de valeur pour justifier leur coût, tout en faisant face à des établissements plus prestigieux qui bénéficient d'une marque plus forte et à des formations publiques qui présentent un avantage financier évident.
Le modèle de croissance permanente atteint peut-être ses limites
Pendant des années, le secteur de l'enseignement supérieur privé a largement reposé sur une logique de croissance.
Plus d'étudiants. Plus de programmes. Plus de campus. Plus de bachelors. Plus de formations en anglais. Plus d'implantations internationales.
Ce modèle fonctionnait tant que la demande suivait.
Mais si le nombre de candidats ralentit alors que l'offre continue de progresser, le marché finit mécaniquement par se tendre. Et les conséquences peuvent être importantes. Certaines écoles pourraient devoir fermer des programmes devenus insuffisamment rentables. D'autres pourraient réduire leurs capacités d'accueil. Des campus pourraient être regroupés ou disparaître. Des établissements pourraient chercher à fusionner ou à être rachetés.
Ce mouvement de concentration a d'ailleurs déjà commencé dans l'enseignement supérieur privé. La question n'est donc plus vraiment de savoir si le paysage des écoles de commerce va évoluer. La vraie question est plutôt de savoir à quelle vitesse et avec quelle ampleur.
Et ce n'est probablement que le début
Le plus inquiétant pour certaines écoles est que les difficultés actuelles apparaissent avant même le plein impact du choc démographique.
Si le nombre de jeunes entrant dans l'enseignement supérieur diminue dans les prochaines années, la concurrence entre établissements risque mécaniquement de s'intensifier. Et cette situation pourrait également avoir des conséquences sur les entreprises.
Car moins d'étudiants aujourd'hui signifie potentiellement moins de jeunes diplômés demain. Les entreprises qui recrutent massivement des profils juniors pourraient, à terme, se retrouver confrontées à une pénurie de candidats.
C'est un paradoxe intéressant : les écoles de commerce pourraient avoir de plus en plus de mal à recruter des étudiants, tandis que les entreprises pourraient avoir de plus en plus de mal à recruter certains jeunes diplômés.
La démographie pourrait donc redistribuer les cartes. Mais elle ne sauvera pas nécessairement toutes les écoles. Une école qui aura réussi à construire une marque forte, un réseau d'anciens puissant et une relation solide avec les entreprises devrait continuer à attirer.
Une école qui dépend principalement de sa capacité à remplir des promotions très importantes pourrait, en revanche, être davantage exposée.
Vers une nouvelle hiérarchie des écoles de commerce ?
Je pense que c'est probablement la principale leçon à retenir. Le marché des écoles de commerce pourrait progressivement passer d'une logique de croissance à une logique de sélection.
Pendant longtemps, la question était : « Comment attirer toujours plus d'étudiants ? » Demain, elle pourrait devenir : « Comment convaincre les meilleurs candidats de venir chez nous plutôt que chez un concurrent ? »
Ce changement est loin d'être anodin. Il pourrait obliger les écoles à revoir leur stratégie, leur offre de programmes et surtout leur positionnement.
Les établissements qui disposent d'une forte notoriété, d'une vraie sélectivité et d'un excellent réseau d'entreprises ont probablement peu de raisons de paniquer.
Pour les autres, la situation pourrait être plus compliquée.
Car dans un marché où les candidats deviennent plus exigeants, où les familles regardent davantage le coût des études et où la concurrence des formations publiques s'intensifie, il ne suffit plus d'ouvrir un nouveau bachelor ou un nouveau campus pour continuer à croître. Il faut désormais apporter une vraie réponse à une question très simple :
« Pourquoi devrais-je dépenser plusieurs dizaines de milliers d'euros pour étudier chez vous plutôt qu'ailleurs ? »
Et je pense que c'est précisément cette question que les futurs étudiants et leurs parents devraient se poser avant de choisir leur école. Car derrière les chiffres de Parcoursup, il y a peut-être une transformation beaucoup plus profonde du marché.
Les étudiants ne sont pas forcément « partis ». Ils sont simplement devenus beaucoup plus sélectifs dans leurs choix. Et si cette tendance se confirme, les prochaines années pourraient bien être celles d'une profonde recomposition du paysage des écoles de commerce françaises.
Vous vous demandez quelle école de commerce choisir ?
Dans un contexte où l'offre de formations n'a jamais été aussi importante, choisir son école de commerce ne doit pas se résumer à regarder un classement ou à se laisser séduire par un joli campus.
Sélectivité, reconnaissance du diplôme, coût des études, débouchés, alternance, réseau d'entreprises… de nombreux critères doivent être pris en compte pour déterminer si une école correspond réellement à votre projet.
Vous êtes lycéen, étudiant ou parent et vous hésitez entre plusieurs formations ou écoles de commerce ? Je peux vous aider à y voir plus clair et à construire une stratégie d'orientation adaptée à votre profil et à vos objectifs.
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