Grandes écoles de commerce : faut-il en finir avec la prépa ?
Le modèle français "classe prépa/grande école" est souvent présenté comme une voie d’excellence, presque intouchable. Pourtant, avec un peu de recul — et en tant qu’ancien préparationnaire — il devient légitime de poser une question simple : ce système est-il encore adapté aujourd’hui ? Ce n’est pas un article académique, ni une vérité absolue. C’est une conviction, forgée par l’expérience et l’observation d’un système qui, malgré ses qualités, montre des limites de plus en plus visibles.
4/1/20264 min read
Un modèle à part… et de plus en plus isolé
Premier point : le système prépa → grande école ne s’inscrit pas dans le schéma européen LMD (Licence – Master – Doctorat).
Concrètement, un étudiant qui fait deux ans de prépa puis intègre une école de commerce arrive en fin de première année d’école (donc à bac+3) sans aucun diplôme reconnu. Trois années d’études supérieures, et rien à valoriser officiellement.
Dans un contexte où les parcours internationaux se multiplient, ce manque de lisibilité devient problématique. Partout ailleurs, le chemin est simple : un bachelor, puis un master. En France, on continue de fonctionner avec une logique à part.
Une inégalité structurelle entre les parcours
Le deuxième problème est plus dérangeant encore. Aujourd’hui, deux étudiants peuvent intégrer la même grande école de commerce en ayant suivi des chemins radicalement différents.
D’un côté, la classe prépa : deux années extrêmement exigeantes, une pression constante, et une incertitude forte à l’arrivée. De l’autre, les admissions parallèles après un bac+3, avec un parcours plus progressif, un diplôme en poche, et une sélection sur dossier et tests.
Au final, le résultat est le même — intégrer une grande école — mais le risque et l’énergie investie ne le sont pas. Difficile de ne pas y voir une inégalité difficile à justifier.
Vous pourriez me rétorquer que les admissions parallèles ne sont pas une nouveauté. Et vous auriez raison. Mais il est difficile d’ignorer l’engouement croissant qu’elles suscitent depuis quelques années, notamment les concours AST2, largement porté par des “influenceurs” — souvent très pédagogues, et non sans talent.
Et si on harmonisait enfin les règles du jeu ?
La logique voudrait que tous les étudiants candidatent à un même niveau, avec des critères comparables.
Cela implique un changement assez simple dans son principe : faire de l’entrée en grande école un processus à fin bac+3 pour tous. Autrement dit, encourager les élèves à s’orienter dès le post-bac vers des formations qui les amènent jusqu’à une licence, un BUT ou un bachelor, avant de candidater.
Ce serait un basculement important, mais cohérent. Et surtout, cela mettrait fin à une situation où coexistent, au sein d’une même école, des profils dont les parcours — et parfois les niveaux — sont très hétérogènes.
Un effet positif bien au-delà des écoles de commerce
Ce changement aurait aussi un impact plus large sur l’enseignement supérieur français.
Si une partie des meilleurs élèves se dirige vers les universités ou les formations professionnalisantes, cela contribuerait mécaniquement à élever le niveau global de ces formations. Certaines filières - aujourd’hui sous-estimées - gagneraient en attractivité.
S’inspirer de ce qui fonctionne déjà ailleurs
Ce modèle existe déjà à l’international. L’accès aux meilleurs programmes de management repose généralement sur un triptyque clair : un bon dossier académique, un test standardisé et un bon niveau d’anglais.
En France, on a déjà les briques de ce système avec les admissions sur titre. Le TAGE-MAGE, les tests d’anglais, l’analyse du parcours… tout est là.
La vraie question est donc simple : pourquoi ne pas généraliser ce fonctionnement à tous les candidats ?
Le niveau des écoles ne serait pas menacé
Une autre inquiétude revient souvent : celle d’une baisse du niveau.
En réalité, les écoles continueront à sélectionner les meilleurs profils, simplement issus d’un vivier différent. Les meilleurs étudiants de licence, de BUT ou de bachelor prendront la place des meilleurs préparationnaires. Le principe de sélection reste intact.
Ce qui change, ce n’est pas l’exigence. C’est la manière d’y parvenir.
Un point de vigilance sur la méritocratie
Il y a néanmoins un risque à ne pas sous-estimer. Le système actuel permet parfois à des profils issus de petites prépas de province, brillants le jour des concours, d’intégrer les écoles les plus prestigieuses.
Dans un modèle davantage basé sur le dossier académique, il faudra veiller à ne pas introduire de biais en faveur de certaines institutions. Être excellent dans une université moins exposée doit rester pleinement valorisé.
C’est sans doute l’un des points les plus sensibles d’une éventuelle réforme.
Vers la fin du Programme Grande École tel qu’on le connaît ?
Si ce modèle évolue, alors le format même des grandes écoles devra suivre. Le Programme Grande École en trois ans laisserait logiquement place à des formations en deux ans post-bac+3.
Ce ne serait pas une révolution, mais plutôt un alignement avec les standards européens et internationaux.
Une évolution inévitable ?
Le système prépa / grande école a longtemps été une voie royale. Il l’est encore pour certains profils. Mais il devient de plus en plus difficile d’ignorer ses limites.
Manque de lisibilité, inégalités entre parcours, déconnexion avec les standards internationaux… les signaux s’accumulent.
La question n’est peut-être plus de savoir s’il faut faire évoluer ce modèle, mais plutôt à quel moment — et de quelle manière.
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